[
Albert Cohen ] - Belle du Seigneur
vendredi 1 février 2013
Trapèze volant
«Oui, Bach, Mozart, Dieu, elles
commencent toujours par ça. Ça fait conversation honnête, alibi
moral. Et quinze jours plus tard, trapèze volant sur le lit.»
mercredi 21 novembre 2012
Avec cette jalousie, Monsieur
Je voulais une inquiétude douce, qui a
sa source dans un cœur timide et bien touché et qui n'est que
louable méfiance de soi-même... Avec cette jalousie-là, Monsieur, on
ne dit point d'invectives aux personnes que l'on aime, on ne les
trouve ni ridicules, ni fourbes, ni fantasques, on craint seulement
de n'être pas toujours aimé, parce qu'on ne croit pas être
toujours digne de l'être... Mais ces sentiments là ne sont pas du
ressort d'une âme comme la vôtre, chez vous c'est des emportements,
des fureurs, ou pur artifice, vous soupçonnez injurieusement, vous
manquez d'estime, de respect, de soumission.
Marivaux La fausse suivante
vendredi 19 octobre 2012
Rouille
Le
port continuait de rouiller. les entrepôts rouillaient. les tôles
rouillaient. les bateaux rouillaient. la mer rouillait. Même les
hommes, les quelques égarés qui continuaient de remuer la poussière
des quais, on ne savait plus déjà si le soleil, le sel, l'iode, ou
simplement le reflet de la rouille partout, on ne savait plus ce qui
avait cramoisi leur peau. Les toits rouillaient, les parpaings
rouillaient, les camions rouillaient, les rails à demi enterrés
dans le sol, à demi recouverts de terre sèche, les cuves a loin
recueillant autrefois le pétrole, tout rouillait. L'horizon
rouillait. les grues s'élevaient sur leur socle rouillé, les
cargots se tenaient sur leurs cales rouillées, et les cheminées des
usines se découpaient rouillées dans le ciel. J'ai fait le bilan
des derniers jours. Toutes ces années à regarder la télévision, à
marchander les programmes sur un soupir, tout ça est passé bien
vite en regard de ceux-ci, les derniers jours.
Tanguy Viel - Paris Brest
samedi 12 mai 2012
La traduction relève de l'amour
Le tardema-targoun-traduction est
création d'altérité, de différence, à partir desquelles le monde
va entrer dans la fécondité et dans l'histoire. La traduction ouvre
la différence sexuelle.
Si le conte guérit de la stérilité et
rend la parole aux muets c'est qu'il leur donne la possibilité de
découvrir la dimension de l'altérité et de la différence.
Différence et différance dont le paradygme est
l'entre-deux-langues. La traduction relève de l'amour. Deux langues
qui font l'amour.
Dans ses chapitre sur le conte, la
traduction, la guérison, Rabbi Nahman mêle poésie et philosophie,
mystique et métaphysique. Il évoque le baiser amoureux préliminaire
au rapport sexuel.
L'amour des langues c'est la rencontre
entre deux langages mais aussi entre deux corps. L'homophonie de la langue
linguistique et de la langue du corps est identique en hébreu, les
deux mots se disent lachone.
Marc-Alain Ouaknin
lundi 30 avril 2012
La folie qui est pour l'autre
Ce que j'ai compris de l'homme avec
Lacan, c'est que la qualité essentielle de l'homme c'est d'être
fou. Si l'homme n'est pas fou, c'est qu'il n'est rien. Le problème
c'est savoir comment il soigne sa folie, hein.... Si vous n'étiez
pas folle, vous comprenez, comment voulez-vous que quelqu'un soit
amoureux de vous ? Pas même vous, vous comprenez ? Ce qui
ne veut pas dire que si vous ne savez pas être folle, on vous met
pas à l'hôpital psychiatrique, les fous qu'on met à l'hôpital
psychiatrique c'est ceux qui ratent leurs folie, l'important pour
l'homme, c'est de réussir sa folie, et oui quoi ! Bon Lacan
parle sérieusement, il dit mieux mais en réalité c'est comme ça. Enfin, madame, si vous n'êtes pas folle, vous êtes foutue,
parce que vous n'aurez aucun accès à vous-même, ni vous pourrez
rien donner de vous à l'autre, à l'être que vous aimez, que tout
le monde sait que l'amour est une folie, mais c'est une folie, non
seulement agréable, mais qui découvre précisément... L'amour
c'est pas vous mettre à poil pour découvrir votre viande c'est
découvrir votre être, vous ne pouvez pas vous découvrir ailleurs
que dans la folie, mais dans la folie qui est pour l'autre, si vous
n'êtes pas follement amoureuse d'un idiot comme moi ou n'importe qui,
vous ne saurez jamais qui est-ce que vous êtes, bon, c'est clair là ?
C'est le destin de sa folie qui est
l'essence de l'homme. Si on déni sa folie, c'est foutu, c'est zéro...
François Toskaies à Cécile Hamsy, radio
samedi 17 mars 2012
Etre juif
Je ne sais pas précisément ce que
c’est qu’être juif, ce que ça me fait d’être juif. C’est
une évidence, si l’on veut, mais une évidence médiocre, une
marque, mais une marque qui ne me rattache à rien de précis à rien
de concret : ce n’est pas un signe d’appartenance, ce n’est pas
lié à une croyance, à une religion, à une pratique, à une
culture, à un folklore, à une histoire, à un destin, à une
langue. Ce serait plutôt une absence, une question, une mise en
question, un flottement, une inquiétude : une certitude inquiète
derrière laquelle se profile une autre certitude, abstraite, lourde,
insupportable : celle d’avoir été désigné comme juif, et parce
que juif victime, et de ne devoir la vie qu’au hasard et qu’à
l’exil.
Georges Pérec
jeudi 8 mars 2012
in-absolu
Expert en femmes mariées, il savait de
plus avec une tristesse paradoxale, que celles-ci possédaietn
rarement cette affinité avec l'absolu qui avaient joué des tours à
l'héroïne de Tolstoï et qu'elles ne s'aventuraient dans l'adultère
qu'en dosant leur abandon.
JP-Enthoven
Inscription à :
Articles (Atom)