"Sa condamnation,
secousse profonde, avait en quelques sorte rompu ça et là, autour
de lui, cette cloison qui nous sépare du mystère des choses et que
l'on appelle la vie."
Victor Hugo - Les misérables
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mercredi 4 décembre 2013
dimanche 1 décembre 2013
s'ouvrir exagérément
Et
cette façon que j'ai de m'ouvrir exagérément devant des inconnus
n'est pas seulement comme je l'ai cru longtemps, une faiblesse des
muscles constricteurs de l'âme, mais comme je n'ai en moi qu'une
seule chose, il me faut, ou bien rester verrouillé (c'est à dire me
taire ou bavarder) ou bien m'ouvrir et laisser voir mon unique
habitant. Finalement cette disposition psychique défectueuse
m'interdit tout échange – puisqu'elle ne peut aboutir qu'à des
malentendus ou à de fausses ententes. (…) Le fait qu'en dépit de
tous ces obstacles se sont développées avec quelques solitaires des
relations silencieuses, des relations qui n'exigent peut-être même
pas d'être entretenues parce qu'elle reposent sur la conscience
définitive de quelques grande réalité communes, me donnent un peu
plus d'assurance à l'endroit des humains
Rainer
Maria Rilke
lundi 18 février 2013
Ce monde que ma tendresse
J'essaie de rester en contact où que je sois
Je ne dis pas je t'aime Je ne dis pas que j’ai réussi Le soleil apparait dans la lucarne Mon travail m’appelle aussi doux que le bruit du ruisseau près de la cabane dans le Tennessee J’écoute à mon bureau et je suis disposé à pardonner à ceux qui ont voulu nous écraser avec leurs merveilleux systèmes Ta beauté est partout que nous avons distillée ensemble dans les temps difficiles Tu ne me sentiras jamais vouloir te diriger Je fuis à jamais ton hommage Je ne pense pas à te mettre des fers Je n’ai rien dans l’esprit pour toi Je n’ai pas de prières où t’enfermer Je vis pour toi sans le souvenir de ce que tu mérites où ne mérite pas Léonard cohen |
Ces rares nuits de tendresse
Quelle nuit! Et
comme avec la distance notre discussion me semble douce, deux adultes
allongés sur le plancher! Quelle nuit parfaite! Je jure que j'en sens
encore la chaleur. En fait ce qu'il avait fait avec Edith,
importait peu, je les épouse dans leur lit adultère, j'affirme de grand
cœur le droit qu'ont les hommes et les femmes à ces rares nuits de
tendresse, contre lesquelles les lois conspirent. Si seulement
je pouvais vivre cela en perspective. Comme les souvenirs de F. filent
rapidement, les nuits de camaraderie, les échelles que nous avons
escaladées, et le bonheur que procure la vue de ce simple mécanisme
humain. Comme les petitesse reviennent vite, et la plus ignoble des
formes de propriété, la tyrannie qui s'exerce sur deux pouces carrés de
chair humaine, le con d'une femme.
Léonard Cohen - Les perdants magnifiques
lundi 4 février 2013
quelque chose de gai et d'amoureux
Ou bien
la morale n’a aucun sens, ou bien elle n’a rien d’autre à nous dire que
de ne pas être indigne de ce qui nous arrive. Saisir ce qui
arrive comme injuste et non mérité (c’est toujours la faute de
quelqu’un), voilà ce qui rend nos plaies répugnantes. Ce qui est
vraiment immoral, c’est toute l’utilisation des notions morales:
juste, injuste, mérite, faute.
Entre les cris de la douleur physique et les chants de la souffrance métaphysique, comment tracer son mince chemin stoïcien, qui consiste à être digne de ce qui arrive, à dégager quelque chose de gai et d’amoureux dans ce qui arrive, une lueur, une rencontre, un événement, une vitesse,
un devenir?
Entre les cris de la douleur physique et les chants de la souffrance métaphysique, comment tracer son mince chemin stoïcien, qui consiste à être digne de ce qui arrive, à dégager quelque chose de gai et d’amoureux dans ce qui arrive, une lueur, une rencontre, un événement, une vitesse,
un devenir?
Gilles Deleuze, Claire Parnet Dialogues
vendredi 1 février 2013
Contaminer
Contaminer, donner, transférer, déléguer, fournir, passer,
transmettre, communiquer,
enseigner, propager, véhiculer, révéler, diffuser, inoculer, passer…
Oh! father... # il n'est pas nécessaire...
J'ai lutté alors de tout mon temps, de toute mon énergie, dans deux combats aventureux que je jugeais parallèles, celui de l'espoir en la renaissance de l'Europe, celui de l'espoir ouvrier.
Mais c'était aussi le temps de la guerre froide, de la peur atomique, des lendemains désenchantés et chaque pas dans l'avenir se gagnait contre des certitudes mortes.
Je vivais durement la devise que l'on prête au « Taiseux »: « il n'est pas nécessaire de croire pour entreprendre ni de réussir pour persévérer
My father 1962
Tout est réel
Et une fois que tout est dit et fait, tout
est réel. Les mensonges sont réels. Ni factuels, ni authentiques,
mais réels néanmoins. Comme les rêves. Les inventions, les
cauchemars, les fantasmes, la douleur, la peur et le désir.
Amos Oz Connaître une femme
Amos Oz Connaître une femme
lundi 30 avril 2012
La folie qui est pour l'autre
Ce que j'ai compris de l'homme avec
Lacan, c'est que la qualité essentielle de l'homme c'est d'être
fou. Si l'homme n'est pas fou, c'est qu'il n'est rien. Le problème
c'est savoir comment il soigne sa folie, hein.... Si vous n'étiez
pas folle, vous comprenez, comment voulez-vous que quelqu'un soit
amoureux de vous ? Pas même vous, vous comprenez ? Ce qui
ne veut pas dire que si vous ne savez pas être folle, on vous met
pas à l'hôpital psychiatrique, les fous qu'on met à l'hôpital
psychiatrique c'est ceux qui ratent leurs folie, l'important pour
l'homme, c'est de réussir sa folie, et oui quoi ! Bon Lacan
parle sérieusement, il dit mieux mais en réalité c'est comme ça. Enfin, madame, si vous n'êtes pas folle, vous êtes foutue,
parce que vous n'aurez aucun accès à vous-même, ni vous pourrez
rien donner de vous à l'autre, à l'être que vous aimez, que tout
le monde sait que l'amour est une folie, mais c'est une folie, non
seulement agréable, mais qui découvre précisément... L'amour
c'est pas vous mettre à poil pour découvrir votre viande c'est
découvrir votre être, vous ne pouvez pas vous découvrir ailleurs
que dans la folie, mais dans la folie qui est pour l'autre, si vous
n'êtes pas follement amoureuse d'un idiot comme moi ou n'importe qui,
vous ne saurez jamais qui est-ce que vous êtes, bon, c'est clair là ?
C'est le destin de sa folie qui est
l'essence de l'homme. Si on déni sa folie, c'est foutu, c'est zéro...
François Toskaies à Cécile Hamsy, radio
samedi 17 mars 2012
Etre juif
Je ne sais pas précisément ce que
c’est qu’être juif, ce que ça me fait d’être juif. C’est
une évidence, si l’on veut, mais une évidence médiocre, une
marque, mais une marque qui ne me rattache à rien de précis à rien
de concret : ce n’est pas un signe d’appartenance, ce n’est pas
lié à une croyance, à une religion, à une pratique, à une
culture, à un folklore, à une histoire, à un destin, à une
langue. Ce serait plutôt une absence, une question, une mise en
question, un flottement, une inquiétude : une certitude inquiète
derrière laquelle se profile une autre certitude, abstraite, lourde,
insupportable : celle d’avoir été désigné comme juif, et parce
que juif victime, et de ne devoir la vie qu’au hasard et qu’à
l’exil.
Georges Pérec
vendredi 21 octobre 2011
Elargir l'horizon
"Breton n'a jamais lâché sur rien, ce
qui est assez rare dans le siècle, qui a vu tant de démissions,
refusant la médiocrité satisfaite dans tous les domaines qui
caractérise notre monde...
Qu'il s'agisse de surréalisme ou
d'autres parcours qui ne sont pas si différent, il s'agit d'une
quête, il s'agit pour chaque être de trouver la singularité de
ce qui le relie au monde, et tout est bon, tous les chemins sont
bons, du moment que soient refusées les multiples formes
d'asservissement et il s'agit toujours d'élargir l'horizon...
Autour de cette façon d'être au
monde, le surréalisme, des gens se sont retrouvés dans une même
constellation qui a permis à chacun d'aller plus loin en quête de
lui-même...
L'asservissement est très souvent
contagieux, heureusement que parfois ça se retourne
complètement... Car heureusement la liberté aussi est contagieuse,
donc si vous commencez à avoir autour de vous des gens qui
commencent à respirer un peu mieux que les autres, ça aide..."
Annie Lebrun, un jour quelque part sur France culture
vendredi 17 septembre 2010
Introduction à la vie non fasciste - Foucault
En rendant un modeste hommage à
Saint-François-de-Sales, on pourrait dire que L’Anti-Œdipe est
une Introduction à la vie non-fasciste.
Cet art de vivre contraire à toutes les formes de fascisme, qu’elles soient déjà installées ou proches de l’être, s’accompagne d’un certain nombre de principes essentiels, que je résumerais comme suit si je devais faire de ce grand livre un manuel ou un guide de vie quotidienne :
- libérez l’action politique de toute forme de paranoïa unitaire et totalisante ;
- faites croître l’action, la pensée et les désirs par prolifération, juxtaposition et disjonction, plutôt que par subdivision et hiérarchisation pyramidale ;
- affranchissez-vous des vieilles catégories du Négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune), que la pensée occidentale a si longtemps sacralisées comme forme du pouvoir et mode d’accès à la réalité. Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l’uniforme, le flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes. Considérez que ce qui est productif n’est pas sédentaire, mais nomade ;
- n’imaginez pas qu’il faille être triste pour être militant, même si la chose qu’on combat est abominable. C’est le lien du désir à la réalité (et non sa fuite dans les formes de la représentation) qui possède une force révolutionnaire ;
- n’utilisez pas la pensée pour donner à une pratique politique une valeur de vérité ; ni l’action politique pour discréditer une pensée, comme si elle n’était que pure spéculation. Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pensée, et l’analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d’intervention de l’action politique ;
- n’exigez pas de la politique qu’elle rétablisse des « droits » de l’individu tels que la philosophie les a définis. L’individu est le produit du pouvoir. Ce qu’il faut, c’est « désindividualiser » par la multiplication et le déplacement des divers agencements. Le groupe ne doit pas être le lien organique qui unit des individus hiérarchisés, mais un constant générateur de « désindividualisation » ;
- ne tombez pas amoureux du pouvoir.
On pourrait même dire que Deleuze et Guattari aiment si peu le pouvoir qu'ils ont cherché à neutraliser les effets de pouvoirs liés à leur propre discours. D'ou les jeux et les pièges qu'on trouve un peu partout dans le livre, et qui font de sa traduction un véritable tour de force. Mais ce ne sont pas les pièges familiers de la rhétorique, ceux qui cherchent à séduire le lecteur sans qu'il soit conscient de la manipulation, et finissent par le gagner à la cause des auteurs contre sa volonté. Les pièges de L’Anti-Œdipe sont ceux de l'humour : tant d'invitations à se laisser expulser, à prendre congé du texte en claquant la porte. Le livre se donne souvent à penser qu'il n'est qu'humour et jeux là où pourtant quelque chose d'essentiel se passe, quelque chose qui est du plus grand sérieux : la traque de toutes les formes de fascisme, depuis celles, colossales, qui nous entourent et nous écrasent jusqu'aux formes menues qui font l'amère tyrannie de nos vies quotidiennes.
Extrait de la Préface de Michel
Foucault à la traduction américaine du livre de Gilles Deleuze et
Felix Guattari, L'Anti-Oedipe : capitalisme et schizophrénie, 1977
l'intégralité du texte est là (http://foucault.info/documents/foucault.prefaceAntiOedipe.fr.html) et en entier, c'est plus que bien aussi
samedi 11 septembre 2010
...
J'ai retrouvé dans l'eau
Marie Cardona, une ancienne dactylo de mon bureau dont j'avais eu
envie à l'époque. Elle aussi, je crois mais elle est partie peu
après et nous n'avons pas eu le temps. Je l'ai aidée à monter sur
une bouée et, dans ce mouvement, j'ai effleuré ses seins. J'étais
encore dans l'eau quand elle était déjà à plat ventre sur la
bouée. Elle s'est retournée vers moi. Elle avait les cheveux dans
les yeux et elle riait. Je me suis hissée à côté d'elle sur la
bouée. Il faisait bon et comme en plaisantant, j'ai laissé aller ma
tête en arrière et je l'ai posée sur son ventre. Elle n'a rien dit
et je suis restée ainsi. J'avais tout le ciel dans les yeux et il
était bleu et doré. Sous ma nuque je sentais le ventre de Marie
battre doucement. Nous sommes restés longtemps sur la bouée à
moitié endormis. Quand le soleil est devenu trop fort, elle a plongé
et je l'ai suivie.
(…)
J'ai raconté à marie
l'histoire du vieux et elle a ri. Elle avait un de mes pyjamas dont
elle avait retroussé les manches. Quand elle a ri, j'ai eu encore
envie d'elle. Un moment après, elle m'a demandé si je l'aimais. Je
lui ai répondu que cela ne voulait rien dire mais qu'il me semblait
que non. Elle a eu l'air triste. Mais en préparant le déjeuner et à
propos de rien, elle a encore ri de telle façon que je l'ai
embrassée.
(...)
Le soir, Marie est venue
me chercher et m'a demandé si je voulais me marier avec elle; j'ai
dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le
voulait. Elle a voulu savoir alors si je l'aimais. J'ai répondu
comme je l'avais déjà fait une fois que cela ne signifiait rien
mais que sans doute je ne l'aimais pas. Pourquoi m'épouser alors? A
t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et
que si elle le désirait nous pouvions nous marier. D'ailleurs
c'était elle qui le demandait, moi, je me contentait de dire oui.
Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J'ai
répondu « non ». elle s'est tue un moment et elle m'a
regardé en silence. Puis elle a parlé. Elle voulait simplement
savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre
femme à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit
« naturellement ». Elle s'est demandé alors si elle
m'aimait et moi, je ne pouvais rien savoir sur ce point. Après un
autre moment de silence, elle a murmuré que j'étais bizarre,
qu'elle m'aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un
jour je la dégoûterais pour les même raisons. Comme je me taisais,
n'ayant rien à ajouter, elle m'a pris le bras en souriant et elle a
déclaré qu'elle voulait se marier avec moi. J'ai répondu que nous
le ferions dès qu'elle le voudrait. Je lui ai parlé alors de la
proposition du patron et Marie m'a dit qu'elle aimerait connaître Paris. Je lui ai appris que j'y avais vécu dans un temps et elle m'a
demandé comment s'était. Je lui ai dit: c'est sale. Il y a des
pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche. Puis nus
avons marché et traversé la ville par ses grandes rues. Les femmes
étaient belles et j'ai demandé à marie si elle le remarquait. Elle
m'a dit que oui et qu'elle me comprenait. Pendant un moment nous
n'avons plus parlé. Je voulais cependant qu'elle reste avec moi et
je lui ai dit que nous pouvions diné ensemble chez Céleste. Elle en
avait bien envie mais elle avait à faire. Nous étions près de chez
moi et je lui ai dit au revoir. Elle m'a regardé: « tu ne veux
pas savoir ce que j'ai à faire? » Je voulais bien le savoir
mais je n'y avais pas pensé et c'est ce qu'elle avait l'air de me
reprocher. Alors devant mon air empêché , elle a encore ri et elle
a eu vers moi un mouvement de tout le corps pour me tendre sa bouche.
Albert Camus - L'étranger
samedi 29 mai 2010
Parler en son nom
L'histoire de la philosophie exerce en philosophie une fonction répressive évidente: " Tu ne vas pas quand-même pas oser parler en ton nom tant que tu n'auras pas lu ceci et cela et ceci sur ce la, et cela sur ceci". (…) Ma manière de m'en tirer à l'époque, c'était je crois bien, de concevoir l'histoire de la philosophie comme un enculage ou ce qui revient au même comme une immaculée conception. Je m'imaginais arriver dans le dos d'un auteur et et lui faire un enfant qui serait le sien et qui serait pourtant monstrueux. Que ce soit bien le sien, c'est très important, parce qu'il fallait que l'auteur dise effectivement tout ce que je lui faisais dire. Mais que l'enfant soit monstrueux c'était nécessaire aussi parce qu'il fallait passer par toute sortes de décentrements, de glissement, cassements, émissions secrètes qui m'ont fait bien plaisir. (...) C'est Nietzsches que j'ai lu plus tard qui m'a sorti de tout ça. Car c'est impossible de lui faire subir un pareil traitement. Des enfants dans le dos, c'est lui qui vous en fait. Il vous donne un goût pervers, (que ni Marx, ni Freud, n'ont jamais donné à personne au contraire): le goût pour chacun de lire des choses simples en son propre nom, de parler par affects, intensités, expériences, expérimentations. Dire quelque chose en son propre nom, c'est très curieux; car ce n'est pas du tout au moment où l'on se prend pour un moi, une personne, un sujet, qu'on parle en son nom. Au contraire, un individu acquiert un véritable nom propre, à l'issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation, quand il s'ouvre aux multiplicités qui le traversent de part en part, aux intensités qui le parcourt. Le nom comme appréhension instantanée d'une telle multiplicité intensive, c'est l'opposé de la dépersonnalisation opérée par l'histoire de la philosophie, une dépersonnalisation d'amour pas de soumission.
Gilles (encore)
lundi 23 novembre 2009
Mais... chanter, Rêver, rire, passer, être seul, être libre
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un
protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui
circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant
l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non,
merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se
changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un
ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non,
merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé
par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux,
devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non,
merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de
l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de
rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non,
merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme
dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses
voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon
éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci
!
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets
tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un
nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne
découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Etre terrorisé par de vagues
gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh, pourvu que je sois
Dans
les petits papiers du Mercure François ?"...
Non, merci !
Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu'un
poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non,
merci ! non, merci ! Mais... chanter,
Rêver, rire, passer, être
seul, être libre,
Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui
vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un
oui, pour un non, se battre, -ou faire un vers !
Travailler sans
souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans
la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste
d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des
fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu
les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne
pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même
en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre
parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas
monter bien haut, peut-être, mais tout seul !
Un baiser, mais à
tout prendre, qu'est-ce?
Un serment fait d'un peu plus près, une
promesse
Plus précise, un aveu qui peut se confirmer,
Un point rose
qu'on met sur l'i du verbe aimer;
C'est un secret qui prend la bouche
pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une
communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le
coeur,
Et d'un peu se goûter au bord des lèvres, l'âme!
Cyrano de Bergerac Edmond Rostand Acte III,
Scène 7
dimanche 22 novembre 2009
Survoler le remords (et on dirait du deleuze)(alors que c'est Sagan)
Françoise Sagan - derrière l'épaule
mardi 3 novembre 2009
Mendiant tout neuf
Pourtant je ne pensais pas tellement à mon avenir. (…) Je comptais simplement me laisser flotter un peu, prendre les choses heure par heure, et voir ce qui allait se passer. Lorsque j'en ai parlé à I-man, il a dit que j'étais en train de devenir un « mendiant tout neuf » et m'a lancé un sourire chaleureux. Pas de projets, pas de regrets, a-t-til déclaré. Grâce et hommage, ça suffit pou' chaque jou'. J'ai répondu ouais, mais je risquais d'avoir du mal à faire ça toute ma vie. Avoir des projets et des regrets, c'est une seconde nature chez moi.
Russell Bank Sous le règne de Bone.
samedi 5 septembre 2009
In(achèvement)
Bernard Marie-Koltès
(mais je sais pas où)
dimanche 23 août 2009
J'entends, j'entends
J'entends j'entends le monde est là
Il passe des gens sur la route
Plus que mon coeur je les écoute
Le monde est mal fait mon coeur las
Faute de vaillance ou d'audace
Tout va son train rien n'a changé
On s'arrange avec le danger
L'âge vient sans que rien se passe
Au printemps de quoi rêvais-tu
On prend la main de qui l'on croise
Ah mettez les mots sur l'ardoise
Compte qui peut le temps perdu
Tous ces visages ces visages
J'en ai tant vu des malheureux
Et qu'est-ce que j'ai fait fait pour eux
Sinon gaspiller mon courage
Sinon chanter chanter chanter
Pour que l'ombre se fasse humaine
Comme un dimanche à la semaine
Et l'espoir à la vérité
J'en ai tant vu qui s'en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère
J'entends leurs pas j'entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit sur le journal
Comme on en dit le soir chez soi
Ce qu'on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m'arrache l'âme
Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond
Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J'y crois aussi moi par moments
Comme l'alouette au miroir
J'y crois parfois je vous l'avoue
A n'en pas croire mes oreilles
Ah je suis bien votre pareil
Ah je suis bien pareil à vous
A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable
J'aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu'au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez
Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir ce que dit ma bouche
Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens
Quelle heure est-il quel temps fait-il
J'aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile
C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou
Louis Aragon
Il passe des gens sur la route
Plus que mon coeur je les écoute
Le monde est mal fait mon coeur las
Faute de vaillance ou d'audace
Tout va son train rien n'a changé
On s'arrange avec le danger
L'âge vient sans que rien se passe
Au printemps de quoi rêvais-tu
On prend la main de qui l'on croise
Ah mettez les mots sur l'ardoise
Compte qui peut le temps perdu
Tous ces visages ces visages
J'en ai tant vu des malheureux
Et qu'est-ce que j'ai fait fait pour eux
Sinon gaspiller mon courage
Sinon chanter chanter chanter
Pour que l'ombre se fasse humaine
Comme un dimanche à la semaine
Et l'espoir à la vérité
J'en ai tant vu qui s'en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère
J'entends leurs pas j'entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit sur le journal
Comme on en dit le soir chez soi
Ce qu'on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m'arrache l'âme
Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond
Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J'y crois aussi moi par moments
Comme l'alouette au miroir
J'y crois parfois je vous l'avoue
A n'en pas croire mes oreilles
Ah je suis bien votre pareil
Ah je suis bien pareil à vous
A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable
J'aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu'au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez
Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir ce que dit ma bouche
Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens
Quelle heure est-il quel temps fait-il
J'aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile
C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou
Louis Aragon
mardi 18 août 2009
Vivre, écrire
"Mais oui, il faut au moins aspirer à l'échec, comme dit le savant de Bernhard, parce que l'échec et seul l'échec reste l'unique certitude qu'on puisse acquérir, dis-je et ainsi moi, j'aspire à cela, si tant est que j'aspire à quelque chose, or il le faut, parce que je vis et écris, et dans les deux cas, c'est une aspiration, la vie étant une aspiration plutôt aveugle, tandis que l'écriture est une aspiration lucide, et ainsi bien sûr c'est une autre aspiration que la vie, elle aspire peut-être à voir ce que la vie aspire à atteindre, et c'est pourquoi, ne pouvant pas faire autrement, elle répète la vie de la vie, elle ressasse la vie comme si elle l'écriture était aussi la vie, alors qu'elle ne l'est pas, ce sont deux choses tout à fait différente, fondamentalement incomparable, et ainsi, si on se met à écrire, et si on se met à écrire sur la vie, l'échec est garanti."
Imre Kertèsz, Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas
Imre Kertèsz, Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas
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