Affichage des articles dont le libellé est Ecriture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ecriture. Afficher tous les articles

vendredi 8 août 2014

Imperceptible

 " Comment briser même notre amour pour être capable d'aimer? Comment devenir imperceptible? "Je ne regarde plus dans les yeux de la femme que je tiens dans mes bras, mais je les traverse à la nage, tête, bras et jambes en entier, et je vois que derrière les orbites de ces yeux s'étend un monde inexploré, monde des choses futures, et de ce monde toute logique est absente... l'oeil, libéré du soi, ne révèle ni n'illumine plus, il court le long de la ligne d'horizon, voyageur éternel et privé d'information... j'ai brisé le mur que crée la naissance, et le tracé de mon voyage est courbe et fermé, sans rupture... Mon corps entier doit devenir rayon perpétuel de lumière toujours plus grande... Je scelle donc mes oreilles, mes yeux, mes lèvres. Avant de redevenir tout à fait homme, il est probable que j'existerai en tant que parc..."

Arthur Miller, cité par Deleuze dans les Dialogues

samedi 25 janvier 2014

Ecrire - Aharon Appelfeld

La bande de criminels qui m'a recueilli dans la forêt, était constituée de gens qui n'étaient pas des gens faciles, on peut dire qu'ils étaient violents et ils se comportaient avec violence à mon égard. Mais c'est chez eux justement, auprès, d'eux, que j'ai réussi à préserver l'enfant qui était en moi, cet enfant qui avait conservé un immense espoir, le grand espoir que cette vie de criminel n'était que temporaire et qu'après la guerre, je deviendrais ce que mes parents avaient apparemment espéré que je sois, c'est à dire un intellectuel européen.
Sans le savoir ces voyous m'ont inculqué les prémisses de ce que peuvent être des règles d'écriture : ne parle pas lorsque le besoin ne s'en fait pas ressentir, ne dis que des choses de façon brève et concise, tais-toi lorsqu'il n'y a pas lieu de parler.
Lorsque ces criminels ne faisaient rien, n'étaient pas en action, ils restaient assis et se taisaient. J'ai compris que le silence était peut-être une forme de langage et peut-être même le vrai langage.

mercredi 4 décembre 2013

Ecrire des lettres- Kafka

Écrire des lettres, c'est se mettre nu devant des fantômes, ils attendent ce moment avidement.

(bizarre cette affaire de lettre)(bon)

vendredi 1 février 2013

Ecrire - Geoff Dyer

L'écriture est tout entière dans la persévérance. Il faut s'accrocher. Quand j'avais la trentaine, j'avais l'habitude d'aller à la gym alors que je détestais ça. Je le faisais pour retarder le jour où je cesserais d'y aller. Je fais la même chose avec l'écriture. C'est une façon de retarder le jour où je n'écrirai plus, le jour où je sombrerai dans une dépression si profonde qu'il sera impossible de la distinguer d'une parfaite béatitude. 

 

Ecrire - Rostand

« Écrire : la seule façon d’émouvoir autrui sans être gêné par un visage. »  

Jean Rostand

Ecrire - Perros

« Écrire, c’est renoncer au monde en implorant le monde de ne pas renoncer à nous. » 

Georges Perros

jeudi 11 novembre 2010

Ecrire - Pessoa

Ecrire n'est pas une ambition que j'aie,
c'est ma manière à moi d'être seul.

( il disait Pessoa.)

Ecrire - Perec

Je n'écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n'écris pas pour dire que je n'ai rien à dire. J'écris : j'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leur corps; j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture ; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie.

Georges Perec

samedi 15 mai 2010

La poésie, la parole

Se préoccuper de la place fondamentale de la parole dans l'expression poétique... la poésie est parole... C'est à l'intérieur même de la parole que se situe cette rupture, cette intermittence, le fait que, soit on est en rapport immédiat et plein avec les données du monde sensible, soit on se retrouve dans l'exil de la formulation, de la conceptualisation, de l'impersonnalisation et finalement de l'absence du sens de la finitude.
La parole est ce qui va vers l'être et ce qui le perd en même temps et la poésie se situe à l'intérieur de la parole pour la rappeler à l'ordre, faire entendre la mémoire fondamentale qui est en elle et travailler à ce que sa mémoire reprenne sa place dans les mots par des procédés qui sont ceux de l'écriture, mais aussi ceux de l'existence, car la poésie n'est pas seulement une affaire de mots.

Yves Bonnefoy - Un jour sur France culture

mardi 18 août 2009

Vivre, écrire

"Mais oui, il faut au moins aspirer à l'échec, comme dit le savant de Bernhard, parce que l'échec et seul l'échec reste l'unique certitude qu'on puisse acquérir, dis-je et ainsi moi, j'aspire à cela, si tant est que j'aspire à quelque chose, or il le faut, parce que je vis et écris, et dans les deux cas, c'est une aspiration, la vie étant une aspiration plutôt aveugle, tandis que l'écriture est une aspiration lucide, et ainsi bien sûr c'est une autre aspiration que la vie, elle aspire peut-être à voir ce que la vie aspire à atteindre, et c'est pourquoi, ne pouvant pas faire autrement, elle répète la vie de la vie, elle ressasse la vie comme si elle l'écriture était aussi la vie, alors qu'elle ne l'est pas, ce sont deux choses tout à fait différente, fondamentalement incomparable, et ainsi, si on se met à écrire, et si on se met à écrire sur la vie, l'échec est garanti."

Imre Kertèsz, Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas

samedi 18 juillet 2009

Ecrire - Sollers

«Ecrire: une compétition directe avec le four matriciel... Aucune mère ne s'y trompe. pas plus celle de Sophocle qu'une autre. Toute oeuvre un peu importante est la trace de cette lutte acharnée... pour parvenir à l'air libre, naître, sortir enfin de la naissance physique; parler quand-même, par delà la parole injectée... Montrer comme ça qu'on n'est pas né pour faire nombre; qu'on ne meurt pas dans l'arithmétique dictée... Que ça se sache au moins le crime d'exister; que ça se marque et remarque... Pour un bout de temps, pour l'éternité... »

vendredi 15 août 2008

Et je renverse la tête

(... ) un homme à cheval galope dans les champs. Son cheval se cabre au moment où nous passons, et le cavalier se retourne pour nous regarder. De nouveau nous entrons bruyamment dans l'obscurité. Et je renverse la tête. Et je m'abandonne à la joie; je me dis qu'au sortir du tunnel, je vais entrer dans une chambre éclairée par des lampes et me laisser tomber dans un fauteil admirée de tous, avec ma robe qui ondoie à mes pieds. Mais attention! En relevant les yeux, je rencontre le regard d'une femme aigre qui soupçonne ma joie. Mon corps impertinent se referme comme un parasol. Je l'ouvre ou le ferme à volonté. La vie commence. Mon trésor de vie est encore intact.

Virginia Woolf - Les vagues - Jinny