lundi 30 avril 2012

La folie qui est pour l'autre

Ce que j'ai compris de l'homme avec Lacan, c'est que la qualité essentielle de l'homme c'est d'être fou. Si l'homme n'est pas fou, c'est qu'il n'est rien. Le problème c'est savoir comment il soigne sa folie, hein.... Si vous n'étiez pas folle, vous comprenez, comment voulez-vous que quelqu'un soit amoureux de vous ? Pas même vous, vous comprenez ? Ce qui ne veut pas dire que si vous ne savez pas être folle, on vous met pas à l'hôpital psychiatrique, les fous qu'on met à l'hôpital psychiatrique c'est ceux qui ratent leurs folie, l'important pour l'homme, c'est de réussir sa folie, et oui quoi ! Bon Lacan parle sérieusement, il dit mieux mais en réalité c'est comme ça. Enfin, madame, si vous n'êtes pas folle, vous êtes foutue, parce que vous n'aurez aucun accès à vous-même, ni vous pourrez rien donner de vous à l'autre, à l'être que vous aimez, que tout le monde sait que l'amour est une folie, mais c'est une folie, non seulement agréable, mais qui découvre précisément... L'amour c'est pas vous mettre à poil pour découvrir votre viande c'est découvrir votre être, vous ne pouvez pas vous découvrir ailleurs que dans la folie, mais dans la folie qui est pour l'autre, si vous n'êtes pas follement amoureuse d'un idiot comme moi ou n'importe qui, vous ne saurez jamais qui est-ce que vous êtes, bon, c'est clair là ?
C'est le destin de sa folie qui est l'essence de l'homme. Si on déni sa folie, c'est foutu, c'est zéro...
 

François Toskaies à Cécile Hamsy, radio

samedi 17 mars 2012

Etre juif

Je ne sais pas précisément ce que c’est qu’être juif, ce que ça me fait d’être juif. C’est une évidence, si l’on veut, mais une évidence médiocre, une marque, mais une marque qui ne me rattache à rien de précis à rien de concret : ce n’est pas un signe d’appartenance, ce n’est pas lié à une croyance, à une religion, à une pratique, à une culture, à un folklore, à une histoire, à un destin, à une langue. Ce serait plutôt une absence, une question, une mise en question, un flottement, une inquiétude : une certitude inquiète derrière laquelle se profile une autre certitude, abstraite, lourde, insupportable : celle d’avoir été désigné comme juif, et parce que juif victime, et de ne devoir la vie qu’au hasard et qu’à l’exil. 
Georges Pérec

jeudi 8 mars 2012

in-absolu

Expert en femmes mariées, il savait de plus avec une tristesse paradoxale, que celles-ci possédaietn rarement cette affinité avec l'absolu qui avaient joué des tours à l'héroïne de Tolstoï et qu'elles ne s'aventuraient dans l'adultère qu'en dosant leur abandon. 
 
JP-Enthoven

vendredi 21 octobre 2011

Elargir l'horizon

"Breton n'a jamais lâché sur rien, ce qui est assez rare dans le siècle, qui a vu tant de démissions, refusant la médiocrité satisfaite dans tous les domaines qui caractérise notre monde...

Qu'il s'agisse de surréalisme ou d'autres parcours qui ne sont pas si différent, il s'agit d'une quête, il s'agit pour chaque être de trouver la singularité de ce qui le relie au monde, et tout est bon, tous les chemins sont bons, du moment que soient refusées les multiples formes d'asservissement et il s'agit toujours d'élargir l'horizon...

Autour de cette façon d'être au monde, le surréalisme, des gens se sont retrouvés dans une même constellation qui a permis à chacun d'aller plus loin en quête de lui-même...
L'asservissement est très souvent contagieux, heureusement que parfois ça se retourne complètement... Car heureusement la liberté aussi est contagieuse, donc si vous commencez à avoir autour de vous des gens qui commencent à respirer un peu mieux que les autres, ça aide..."

Annie Lebrun, un jour quelque part sur France culture

vendredi 14 octobre 2011

Fidèle sans être ridicule

"Elle me dit qu'elle vivait fidèle aux devoirs du mariage, sans être ridicule sur l'article de ne pas désespérer par la rigueur quelqu'un qui se déclarerait son amant et qui vaudrait la peine d'être écouté..."
(oh, la joie)
 Giacomo Casanova

vendredi 16 septembre 2011

Aimer et jouir, jouir et aimer, tour à tour

Dieu me garde ce platonisme, je condamne l'amour sans jouissance également que la jouissance sans amour. Je vous laisse maître de la conséquence.

Aimer et jouir, jouir et aimer, tour à tour.

Vous y êtes.


La jouissance et les désirs sont ce que l'homme a de plus rare mais ce ne sont pas vrais plaisirs dès le moment qu'on les sépare.

Giacomo Casanova - Journal

dimanche 24 avril 2011

Deux


D'abord l'amour traite une séparation ou une disjonction qui peut-être la simple différence entre deux personnes, avec leur subjectivité infinie. l'amour impose qu'on se confronte à deux figures, deux postures de représentation. Autrement dit, dans l'amour vous avez un premier élément qui est une séparation, une disjonction, une différence. Vous avez d'abord un Deux. Ensuite, précisément parce qu'il traite d'une disjonction, au moment où ce Deux va se mettre en scène comme tel et expérimenter le monde de façon neuve, il ne peut prendre qu'une forme hasardeuse et contingente. C'est ce qu'on appelle la rencontre. l'amour s'initie dans une rencontre et cette rencontre je lui donne le statut en quelque sorte métaphysique, d'évènement. De nombreux romans ont été consacrés à des cas où le Deux est particulièrement prononcé ou les amants n'appartiennent pas à la même classe, au même groupe au même clan. Ce côté diagonal de l'amour qui passe à travers les dualités les plus puissantes et les séparations les plus radicales est un élément tout à fait important. La rencontre entre deux différences est un événement, quelque chose de contingent, de surprenant. Cette surprise enclenche un processus qui est fondamentalement une expérience du monde. L'amour c'est une construction, c'est une vie qui se fait, non plus depuis le point de vue de l'Un mais du point de vue du Deux. C'est ce que j'appelle la scène du Deux.

Alain Badiou Eloge de l'amour.