vendredi 16 septembre 2011

Aimer et jouir, jouir et aimer, tour à tour

Dieu me garde ce platonisme, je condamne l'amour sans jouissance également que la jouissance sans amour. Je vous laisse maître de la conséquence.

Aimer et jouir, jouir et aimer, tour à tour.

Vous y êtes.


La jouissance et les désirs sont ce que l'homme a de plus rare mais ce ne sont pas vrais plaisirs dès le moment qu'on les sépare.

Giacomo Casanova - Journal

dimanche 24 avril 2011

Deux


D'abord l'amour traite une séparation ou une disjonction qui peut-être la simple différence entre deux personnes, avec leur subjectivité infinie. l'amour impose qu'on se confronte à deux figures, deux postures de représentation. Autrement dit, dans l'amour vous avez un premier élément qui est une séparation, une disjonction, une différence. Vous avez d'abord un Deux. Ensuite, précisément parce qu'il traite d'une disjonction, au moment où ce Deux va se mettre en scène comme tel et expérimenter le monde de façon neuve, il ne peut prendre qu'une forme hasardeuse et contingente. C'est ce qu'on appelle la rencontre. l'amour s'initie dans une rencontre et cette rencontre je lui donne le statut en quelque sorte métaphysique, d'évènement. De nombreux romans ont été consacrés à des cas où le Deux est particulièrement prononcé ou les amants n'appartiennent pas à la même classe, au même groupe au même clan. Ce côté diagonal de l'amour qui passe à travers les dualités les plus puissantes et les séparations les plus radicales est un élément tout à fait important. La rencontre entre deux différences est un événement, quelque chose de contingent, de surprenant. Cette surprise enclenche un processus qui est fondamentalement une expérience du monde. L'amour c'est une construction, c'est une vie qui se fait, non plus depuis le point de vue de l'Un mais du point de vue du Deux. C'est ce que j'appelle la scène du Deux.

Alain Badiou Eloge de l'amour.

jeudi 11 novembre 2010

Le corps des femmes

Le corps des femmes est hypothétique… Navigation au jugé… Approximation permanente… On peut en faire jouir une, brusquement, en lui caressant l’omoplate, en lui léchant les paupières, en la touchant au nombril… si ça ne vous ai jamais arrivé, vous n’y connaissez rien…

Sollers "Femmes"

Ecrire - Pessoa

Ecrire n'est pas une ambition que j'aie,
c'est ma manière à moi d'être seul.

( il disait Pessoa.)

Aimer les femmes

 Nous aimons les femmes à proportion qu'elles nous sont plus étrangères. Aimer les femmes est un plaisir de pédéraste. Ainsi la bestialité exclut la pédérastie.
Charles Baudelaire

Avec Juliette B, terminale A, 1985-1986

Ecrire - Perec

Je n'écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n'écris pas pour dire que je n'ai rien à dire. J'écris : j'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leur corps; j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture ; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie.

Georges Perec

jeudi 4 novembre 2010

Passer la rivière # traduction

Aujourd'hui, j'ai envie que Rilke parle à travers moi. Dans le langage courant, cela s'appelle traduire. (Comme c'est mieux en allemand, nachdichten ! Tout en suivant la trace d'un poète, frayer encore la route qu'il a déjà frayée. Soit pour nach, après, mais il y a dichten, le toujours nouveau. Nachdichten, c'est refrayer la voie sur des traces que l'herbe envahit dans l'instant. Mais la traduction signifie aussi autre chose. On ne fait pas seulement passer une langue dans une autre langue (le russe par exemple), on passe aussi la rivière. Je fais passer Rilke en langue russe, tout comme il me fera passer un jour dans l'autre monde...

Marina Tsvetaïeva  

(quand Marina épouse Deleuze)